Post scriptum cannois

On 29 mai 2012

Du récent Festival de Cannes, on ne retiendra que la Palme d’or méritée d’Amour de Michael Haneke (sur les écrans fin septembre), bouleversant jeu de cache-cache entre Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant, et la Caméra d’or attribuée au jeune réalisateur américain Benh Zeitlin pour Les bêtes du Sud sauvage. Tout le reste n’est que petits arrangements avec les auteurs en baisse de forme d’une sélection en demi-teintes. Ce palmarès, controversé à juste titre, ne reflète pas la richesse d’une sélection française d’où se détachaient le bouillonnant De rouille et d’os de Jacques Audiard, plébiscité par les spectateurs et Holy Motors de Leos Carax (à l’affiche le 4 juillet), auquel on souhaite le même accueil public, ainsi qu’au seul film américain vraiment réussi, Mud de Jeff Nichols, qui ne sortira qu’en décembre. On y reviendra en temps utile. Sachez juste que ni le réalisateur italien de Gomorra, Matteo Garrone, ni le mexicain Carlos Reygadas (Lumière silencieuse), ni même Ken Loach, venu recevoir son Prix du jury pour sa gentille comédie écossaise La part des anges (sortie le 27 juin) ne se rêvaient sans doute aussi haut d’une affiche sérieusement écornée par la mainmise d’un président despotique qui a couvert de trophées son distributeur français et s’est attiré par là même la suspicion de ceux qui ont crié au délit d’initiés.

Deux autres films en provenance de la Croisette sont dans les salles cette semaine, mais eux n’y étaient pas en compétition. On passera sur Sept jours à La Havane, collage touristique plus ennuyeux qu’inspiré qui prouve qu’en additionnant les talents, on a plutôt tendance à amoindrir leur potentiel. Beaucoup plus inspiré, Woody Allen : A Documentary est une plongée en apnée dans l’univers d’un cinéaste qui tourne beaucoup, mais reste toujours aussi insaisissable. Robert B. Weide y revisite son univers et y explore sa méthode, à travers des extraits de ses films, de nombreuses interviews et le retour du cinéaste sur les pas de son enfance. De l’angoisse de l’auteur, qui s’escrime à taper ses scénarios sur une antique machine à écrire dépourvue de capot, aux parallèles entre sa vie et son œuvre, ce film passionnant dresse un joli portrait de l’artiste.

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