Le grand nulle part

On 25 mai 2012

En léger différé de Cannes, voici l’adaptation du mythique roman de Jack Kerouac, Sur la route. Godard puis Coppola rêvèrent d’en faire un film. 30 ans après en avoir acheté les droits, ce dernier en a finalement confié la réalisation à l’auteur de Central do Brasil, Walter Salles. Inutile de vous le cacher plus longtemps, ce film ampoulé à la raideur empesée d’un premier communiant.

D’accord il ne manque pas un détail à cette reconstitution de l’Amérique de l’Après-Guerre. Heureusement, est-on tenté d’ajouter. Le hic c’est que les premiers beatnicks ont été rattrapés et même dépassés par les enfants de Mai 68. Porter à l’écran aujourd’hui Sur la route, c’est s’exposer à une rude concurrence : celle de ces classiques du Road Movie que sont Easy Rider et Paris Texas.

Le film qu’en a tiré Walter Salles pêche avant tout par excès de respect. Par ailleurs, malgré des interprètes conscients de leurs rôles, dont la transfuge de Twilight, Kristen Stewart, et surtout le tandem formé par Sam Riley et Garreth Hedlund, il s’avère d’un académisme consternant. Quand l’écrivain est saisi du vertige de la page blanche, le film montre une machine à écrire et une route déserte. Quant aux turpitudes sexuelles évoquées dans le roman, elles semblent bien chastes en regard de tout ce que nous a montré le cinéma depuis. Sur la route n’est qu’une illustration scolaire dont la seule audace est de nous montrer ses rebelles lire à haute voix des passages de “La recherche du temps perdu”. Comme pour leur donner un supplément d’âme bien dérisoire.

Laisser un commentaire